Contrôle de mes jouets pour enfants : je fais tout moi-même ?
Contrôle de mes jouets pour enfants : je fais tout moi-même ?
« Je teste moi-même mes articles et j’appose mon marquage CE… »
Mais est-ce réellement possible ?
Retours de créatrices un peu, beaucoup… Désespérées :
« Créatrice, je souhaite mettre sur le marché mes articles pour enfants : doudous, puzzles en bois…
Cela implique visiblement l’utilisation de certaines normes. Mais je n’ai pas forcément les moyens de passer par un laboratoire. J’ai entendu dire que cela coûtait cher.
Pourquoi ne pas tester finalement mes articles moi-même, comme je l’ai lu parfois dans certaines publications ? »
« Je tire très fort sur les coutures d’un doudou pour vérifier que rien ne s’en détache.
Mes propres enfants, mon mari, voire mon chien (si, si !) tirent déjà dessus sans réussir à ouvrir les coutures, donc aucun souci.
Je peux aussi regarder si le tissu s’enflamme rapidement. Et puis, après tout, les tissus que j’utilise disposent de certificats Oeko-Tex. Pour la partie chimie, cela devrait donc suffire… non ? »
« J’ai également lu que le marquage CE pouvait être mis par le fabricant lui-même. »
Et puis :
« L’IA me dit comment procéder pour tout cela. Au moins je suis sûre que c’est bon. »
« J’irai voir ma CMA ou la DDPP pour qu’ils m’accompagnent dans toute cette démarche sinon. »
Courage, et reprenons ensemble.
1 – Le « marquage » CE
En réalité, le marquage CE est bien apposé par le fabricant lui-même.
Il ne découle cependant pas d’un certificat délivré par un laboratoire qui vous autoriserait à le faire, et encore moins d’une validation préalable par les autorités .
Cela ne signifie pas non plus pour autant que les tests en amont peuvent être réalisés par vous-même…
2 – Les essais et l’évaluation de sécurité
Car derrière le marquage CE se cache toute une partie « essais » et une véritable évaluation de sécurité.
Vous avez votre doudou textile, ou un autre type de jouet, par exemple des cubes en bois.
Avant même de penser aux tests, vous devez d’abord déterminer quelles exigences s’appliquent.
Autrement dit :
-à quelles normes votre jouet doit-il répondre ?
-quelles parties du produit doivent être évaluées ?
-quels risques doivent être pris en compte ?
Une fois ces éléments identifiés, les essais ne consistent pas simplement à « tirer très fort », « faire tomber » ou encore « brûler » le produit.
Les normes décrivent des méthodes précises : des forces mesurées, des dispositifs spécifiques et des conditions d’essai définies au niveau européen.
L’objectif n’est pas seulement de vérifier si le produit résiste à une manipulation normale, mais de simuler ce que pourrait faire un enfant dans différentes situations prévisibles et ce à quoi il pourrait être exposé concernant la partie chimie.
C’est là toute la différence entre un simple test « maison » et un essai réalisé selon une norme.
Les laboratoires d’essais non seulement ont la capacité de réaliser ce processus mais vous remettront un rapport de conformité que vous pourrez ensuite conserver et présenter.
3 – L’IA : le sujet du moment
Je reçois désormais des mails directement rédigés avec l’aide de l’intelligence artificielle. L’outil est impressionnant, il faut bien le reconnaître.
Je m’en sers moi-même pour corriger des fautes, retrouver rapidement un article réglementaire, vérifier un point précis ou encore préparer un tableau.
Mais il faut rester prudent.
L’intelligence artificielle répond aux questions… en fonction de la manière dont elles sont posées.
Elle peut fournir des informations utiles, mais elle ne garantit pas que l’ensemble des exigences réglementaires applicables à votre produit a bien été pris en compte.
Comment être certaine que la réponse couvre toutes les obligations ?
Comment vérifier qu’il n’y a pas d’interprétation inexacte ou d’oubli ?
Dans le domaine de la sécurité des jouets, les exigences sont nombreuses et parfois très spécifiques. Une réponse approximative peut donner l’impression que tout est conforme… alors que certains points essentiels n’ont tout simplement pas été abordés.
L’intelligence artificielle peut être un outil d’aide, mais elle ne remplace ni l’analyse réglementaire, ni l’expertise nécessaire pour mettre un produit pour enfants sur le marché en toute sécurité.
4 – CMA, DDPP : peuvent-elles m’aider ?
« Je vais voir ma CMA ou la DDPP pour me faire accompagner dans ces démarches. »
Je suis intervenue à plusieurs reprises à la demande de la CMA de la Drôme pour des formations, tout simplement parce qu’il n’y avait personne au sein de la structure pour renseigner les entreprises sur ces sujets. Une des Chambres avait même indiqué que la démarche qualité complète n’était pas nécessaire lorsqu’on était une petite entreprise…
Quant à la DDPP, elle n’a pas vocation à accompagner les entreprises dans leur mise en conformité, même si elle peut parfois fournir des informations très utiles ou réorienter.
Alors que fait-on?
On fait appel à un professionnel parce qu’il s’agit de la sécurité de l’enfant et de la viabilité de son entreprise : laboratoire reconnu, consultant spécialisé ou juriste.
Une documentation technique solide vous permettra d’être en règle et sereine pour la mise sur le marché de vos créations… et aussi, ne l’oublions pas, en cas de contrôle.